Le tombeau de Petosiris
 Description

Tombeau   -   Sarcophage   -   Second cercueil   -   Bas-reliefs   -   Textes de sagesse   -   Datation 
Le second cercueil
(D'après Gustave Lefebvre)


Le second cercueil est fait d'un bois brunâtre qui, à la suite d'une macération, a acquis une couleur noire et brillante (1). Le bois, après analyse, appartient à la famille des conifères, et il faut très probablement y reconnaître le pinus halepensis (2).

La cuve du cercueil, plate et très basse, ne comporte aucune ornementation. Le couvercle est une pièce extrêment remarquable : c'est une gaine momiforme, longue de 1,95 m, large de 0,32 m à 0,57 m, haute de 0,45 m, où les saillies générales du corps sont vaguement modelées ; la tête est coiffée d'un klaft, le menton est orné de la barbiche ; les yeux, en verre, sont rapportés et surmontés de larges sourcils en bronze.



Une bande d'inscriptions descend jusqu'aux pieds, composée de cinq colonnes de hiéroglyphes multicolores, rapportés, et sertis dans le bois, sur lequel ils se détachent en teintes vives et brillantes. Chacun d'eux est formé d'un ou de plusieurs morceaux de pâte de verre, imitant les pierres fines ou les matières précieuses, turquoise, lapis-mazuli, cormaline, émeraude, jaspe, ambre, nacre, ivoire, soigneusement travaillés, polis, retouchés au ciseau, et assemblés harmonieusement.


Il faut se rappeler que l'art de l'émail et du verre avait été florissant, au XIVème siècle, dans la capitale d'Akhenaton, et que, lors de l'abandon définitif de la ville par Toutankhamon, les maîtres verriers n'avaient pas tous suivi le souverain à Thèbes, mais beaucoup avaient émigré dans la cité voisine d'Hermopolis ; leurs procédés, on le voit, s'y étaient conservés, et des ateliers dirigés par leurs lointains successeurs sont sortis tout au moins deux pièces qui peuvent soutenir la comparaison avec les chefs-d'oeuvre de la fin de la XVIIIème dynastie, le sarcophage de Petosiris et celui de Zedthotefankh (Turin).


La technique en est minutieuse et délicate ; les couleurs par exemple ne sont pas employées au hasard : les parties du corps, bras, jambes, langue, etc., sont faites d'une pâte imitant la cornaline ; la bouche est un ovale nacré, ou vert émeraude, encadré d'une ligne rouge ; une fois même l'artiste y a dessiné les deux rangées de dents. Un prêtre est représenté avec les chairs rouges, la takiéh jaune, le pagne blanc, la ceinture et le collier verts, le vase à libation et l'eau qui en coule verts également ; il n'entre pas moins de six ou sept morceaux multicolores dans la composition de ce petit personnage, qui n'a pas 3 centimètres de haut. Où la variété des couleurs est encore plus grande, où la virtuosité de l'artiste s'affirme avec le plus de maîtrise, c'est dans la facture des quadrupèdes et des oiseaux : ainsi la chouette -- peut-être son chef-d'oeuvre -- dont la tête est blanche avec des yeux et un bec bleus, la poitrine nacrée, les pattes rouges, la queue verte, et le plumage formé de filets superposés et enchevêtrés, alternativement bleus, jaunes et verts. Tous les hiéroglyphes sont dignes de retenir l'attention ; et ils développent au long de cinq grandes colonnes, sous le signe du ciel en bleu lapis-lazuli, marqué d'étoiles blanches, avec une heureuse variété, une perfection toujours égale, formant "un ensemble d'un éclat et d'une richesse à peine concevable" (Maspéro, Archéologie égyptienne, à propos du fragment de sarcophage de Zedthotefankh, le frère ainé de Petosiris, conservé à Turin).



Photographie
700 x 1157 - 210 ko
Aquarelle
2447 x 2892 - 700 ko
Plus d'infos sur cette aquarelle et son auteur ici



Le texte est, en partie, une énumération des titres du défunt, en partie, une version du début du chapître 42 du Livre des morts :

"Ô terre du bois ! Ô couronne blanche de l'image (divine) ! Ô sanctuaires des dieux ! Le Grand des Cinq, maître des sièges, grand prêtre, voyant le Dieu dans son naos, prophète de l'Ogdoade, chef des prêtres de Sekhmet, chef des prêtres de la troisième classe et (de ceux) de la quatrième classe, scribe royal, comptable de tous les biens du temple de Khmounou, second prophète de Khnoum-Rê maître d'Hirourt et d'Hathor dame de Neferoust, phylarque de la seconde classe sacerdotal du temple d'Hirourt et (de celui) de Neferoust, Petosiris, surnommé Ankhefkhonsou, n. im., fils du Grand des Cinq, maître des sièges, Sishou, j. v., et né de la dame Nofritrenpet, j. v., (c'est) l'enfant, l'enfant, l'enfant. Ô Abou-our, tu as dis aujourd'hui : "Le billot est pourvu de ce que tu sais. Est-ce que tu es venu.......?" Le Grand des Cinq, maître des sièges, le prophète Petosiris, (c'est) Rê, celui qui établit les bénis ; il est le noeud des sept dieux également, (dans) l'intérieur du tamarisc. Il est beau le disque, plus qu'hier, -- quatre fois. Le Grand des Cinq, maître des sièges, le prophète Petosiris, (c'est) Rê, celui qui établit les bénit ; il est le noeud du Dieu dans l'intérieur du tamarisc. Il est beau le disque, plus qu'hier. Quand Petosiris est fort, Rê est fort, et réciproquement. Les cheveux de Petosiris sont ceux de Noun, sa face est celle de Rê, ses yeux sont ceux d'Hathor, ses oreilles sont celles d'Oupouat, son nez est celui de Khent...., ses lèvres sont celles d'Anoup, ses dents sont celles de Serket, son cou est celui d'Isis, la déesse, ses bras sont ceux d'(Osiris le) Bélier-seigneur-de-Mendès, ses avant-bras sont ceux de Neith, dame de Saïs, son dos est celui de Seth, fils de Nouth, son phallus est celui d'Osiris, son périnée est celui de Nephtys, (son) poumon est celui des seigneurs de Kheri-âhat, sa poitrine est celle du Grand de Terreur."



A l'image des ornementations du second cercueil de Petosiris, caractéristiques de la surcharge des représentations de basse époque, voici deux cercueils, exposés au British Museum et au Louvre, illustrant la même application à ne rien laisser vierge, ou presque, des surfaces utilisables.


Cercueil
au British Museum
Cercueil
au Louvre



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(1) Le fragment de sarcophage de Zedthotefankh conservé à Turin paraît être fait du même bois, mais il n'a subi aucune macération et se présente sous son aspect naturel.

(2) C'est de la résine de ce pin que les égyptiens se servaient pour la momification.
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