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Les textes de sagesse
(D'après Gustave Lefebvre)
De même que les bas-reliefs du Tombeau de Petosiris reproduisent souvent, non sans originalité, des scènes empruntées à la décoration des tombeaux
memphites et thébains, de même bon nombre des inscriptions sont, comme on peut s'y attendre, soit tirées textuellement, soit plus ou moins inspirées
de la littérature religieuse et profane des époques antérieures.

Les textes sont puisés notamment dans les Textes des Pyramides ; plusieurs chapîtres du Livre des morts sont reproduits, intégralement ou en
partie : chapîtres 18, 42, 57, 72, 128, sans compter maintes citations empruntées aux chapîtres 89,125,126,168 et autres ; la cérémonie des funérailles
et de l'ouverture de la bouche est accompagnée de formules rituelles ; et maintes phrases proviennent des grands hymnes solaires (hymnes d'El-Amarna,
hymne à Amon-rê du Caire, hymnes du Livre des morts, hymne d'Horus et de Seth, hymne de Darius).
Des formules remontant à l'Ancien et au Moyen Empire se rencontrent de-ci de-là, empruntées à divers tombeaux des premières dynasties et à celui d'Hapidjefa,
aux stèles de Sehetepibrê et de Mentouhotep (du Musée du Caire) ; et divers passages font penser que notre scribe était familier avec les Aventures de Sinouhe.
Il ne l'était pas moins avec les textes de la XVIIIè dynastie, si l'on en juge par les citations ou les reminiscences du tombeau de Paheri, de celui d'Inni, du Speos Artemidos,
des inscriptions de Beki, de Bakenkhonsou, etc.
Il est à présumer enfin qu'il avait à sa disposition les mêmes manuscrits de Basse Époque que les scribes qui composèrent les inscriptions du sarcophage de Taho
(du Musée du Caire) et du cercueil de Panehemisis (de Vienne), ou celles qui décorent le torse d'une statue du temps d'Apriès, conservée au British Museum.
Ces emprunts à la vieille littérature religieuse, ces réminiscences de formules égyptiennes anciennes n'ont rien que de naturel dans un tombeau de cette époque.
Ce qui surprend, c'est d'y trouver une série de textes philosophico-religieux, formant un ensemble original, qui appelle la comparaison, tant pour les idées que pour
la forme et l'expression, avec certains passages des Livres sapientiaux.
Ces textes, qui nous font pénétrer dans l'âme d'un prêtre égyptien d'Hermopolis vers la fin du IVè siècle, se présentent à nous, commes les Maximes de Ptahotep
ou les Enseignements d'Amenemhat Ier, sous forme d'instructions -- instructions qui ont d'autant plus de valeur que c'est un mort qui, du fond de sa tombe,
cherche à persuader les vivants, leur faisant connaître les résultats de sa propre expérience, et leur exposant les faveurs et les avantages réservés, dans ce monde et
dans l'autre, à tous ceux qui craignent Dieu et qui marchent dans sa voie.
Voici les principaux passages :
Inscription 115
Celui qui marche sur ta route, il ne trébuche pas : depuis que je suis sur terre jusqu'à ce jour où je suis arrivé aux régions parfaites, il n'a pas été trouvé de faute en moi.....
Inscription 116
O vivants..., si vous écoutez mes paroles, si vous vous y attachez, vous en éprouverez l'utilité.
Elle est bonne la route de celui qui est fidèle à Dieu ; c'est un béni celui que son coeur dirige vers elle.
Je vous dirai ce qui m'est advenu, je ferai que vous soyez informés des volontés de Dieu, je ferai que vous pénétriez dans la connaissance de son esprit.
Si je suis arrivé ici, à la ville d'éternité, c'est que j'ai fait le bien sur terre, et que mon coeur s'est complu sur le chemin de Dieu, depuis mon enfance jusqu'à ce jour.
Toute la nuit l'esprit de Dieu était dans mon âme, et dès l'aube je faisais ce qu'Il aimait.
J'ai pratiqué la justice, j'ai détesté l'iniquité.....
.....Je n'ai pas frayé avec ceux qui ignoraient l'esprit de Dieu.....
.....J'ai fait tout cela, en pensant que j'arriverais à Dieu après ma mort, et parce que je savais que (viendrait) le jour des seigneurs de la Justice, quand ils feront le
partage, lors du Jugement.....
Inscription 62
O vivants..... je ferai que vous soyez instruits des volontés de Dieu.
Je vous guiderai vers la voie de vie.
La bonne voie de celui qui obéit à Dieu,
heureux celui que son coeur conduit vers elle.
Celui dont le coeur est ferme sur la voie de Dieu,
affermie son existence sur la terre.
Celui qui a dans l'âme une grande crainte de Dieu,
grande est sa félicité sur la terre.
Inscription 61
Il est utile de marcher sur la voie de Dieu.
Grands sont les avantages réservés à celui qui s'applique à la suivre.
C'est un monument qu'il s'élève à lui-même sur la terre, celui qui s'attache à suivre la voie de Dieu.
Celui qui se tient sur la voie de Dieu, il passe toute sa vie dans la joie, comblé de richesses plus que tous ses pairs
Il vieillit dans sa ville.
Il est un imakhou de son nome.
Tous ses membres sont jeunes comme ceux d'un enfant.
Ses enfants sont devant lui nombreux et (considérés) comme les premiers de leur ville.
Ses fils se succèdent de génération en génération.....
.....Il parvient à la nécropole en allégresse, dans le bel embaumement du travail d'Anoup.
Et les enfants de ses enfants demeurent en sa place.
.....Tu as marché sur la voie de ton maître Thot ; aussi, après avoir accordé que ses faveurs t'échussent sur terre,
il te gratifiera de faveurs semblables après (ta) mort.
La traduction des deux derniers textes est diposée en versets pour souligner le caractère nettement poétique qui s'exprime par le "parallélisme" des mots,
des phrases, de la pensée. Il arrive même que, grâce à la répétition et à l'agencement des mots, le rythme soit réellement sensible à notre oreille : ainsi,
dans le passage précité de l'inscription 62 (et avec les approximations d'une police non prévue pour la translittération):
1. noud ibef her ouat neter
2. noud âhâouh her djadja to.
3.our senedj en neter em ibef
4. our hesef her djadja to.
1-2. Celui dont le coeur est ferme sur la voie de Dieu,
affermie est son existence sur la terre.
3-4. Celui qui a dans l'âme une grande crainte de Dieu,
grande est sa félicité sur la terre.
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