Le Tombeau de Petosiris
de Gustave Lefebvre

Voici, d'après les inscriptions de son tombeau, un aperçu du rôle qu'il tînt et du souvenir qu'il laissa.

   Le procureur de Thot était donc en quelque sorte le vicaire du dieu sur cette terre. Jamais procurateur ne s'appliqua autant que Petosiris à remplir sa mission et à contenter son maître : les preuves de sa piété abondent, et toutes les inscriptions vantent sa fidélité envers son dieu, son zèle à restaurer la religion, à relever les temples détruits, à construire de nouveaux sanctuaires, à les enrichir, à donner aux prêtres la sécurité et le confort.
Thot, en retour, ne lui ménagea pas ses faveurs : il lui accorda -- voeu suprême de tout Égyptien -- "d'arriver à la ville d'éternité", après avoir transmis sa charge et ses dignités à ses enfants. Cette récompense ultra-terrestre n'était d'ailleurs que la conclusion naturelle d'un existence heureuse, passée dans l'opulence et comblée des bénédictions de Thot. Une foule de petites divinités, Akhet, Khenemet, Sekhet, Neper, Shesemou, avaient veillé à son bien-être et satisfait tous ses désirs : il possédait des terres, des vergers, des vignes ; ses greniers regorgeaient de céréales ; le bétail abondait dans ses écuries ; ses bateaux voguaient sur le Nil ; la chasse, la pêche, le jeu, la musique charmaient ses loisirs.
Ce grand prêtre menait la vie d'un prince. A divers indices on peut le soupçonner d'avoir joué, dans un domaine sans dout resteint, un rôle qui n'est pas sans rappeler celui de ses ancêtres les nomarques hermopolitains du Moyen Empire. Il tenta même de se donner, probablement à la faveur des circonstances politiques, les apparences de la puissance royale. Décrivant les calamités qui désolèrent l'Égypte sous le règne des "étrangers" et exaltant son propre rôle de restaurateur de la religion à Hermopolis, il n'hésite pas à reprendre à son compte, après Hatshepsout, Toutankhamon, Ramsès III, ce que M. Weill a appelé "le thème classique du désordre et du roi sauveur", et à s'approprier des discours que seuls jusqu'alors avaient été censés prononcer des souverains légitimes de l'Égypte . On le voit, sur la façade du tombeau, faisant des offrandes à Thot, à Osiris, Isis, Nephtys, Sokaris, et célébrant, en l'honneur des dieux, des rites qui étaient le privilège exclusif des rois. à l'instar des pharaons, "il tend le cordeau, il déroule la ligne pour jeter les fondations" des temples. Il va jusqu'à faire suivre son nom de l'épithète royale "vie, santé, force". De son vivant enfin, et par ses ordres, des artistes choisis lui construisirent un tombeau qui mériterait le nom de temple funéraire, et le cercueil où reposaient ses restes n'est comparable, par sa beauté, l'originalité et la perfection de sa technique, qu'à un cercueil de roi.
La légende s'empara vite d'un tel personnage. Un demi-siècle à peine après sa mort, on lui rendait des honneurs quasi divins, comme on en rendait à Imothep, à Téôs-l'Ibis, Amenothep fils de Hapou, ces "sages" parmi lesquels Petosiris avait pris rang. Un grec, quelque peu lettré, ayant visité son tombeau, ou, comme disait un de ses compatriotes, son "temple", laissa sur une colonne de la façade ce curieux témoignage de sa piété :

"J'invoque Petosiris, dont le cadavre est sous terre, mais dont l'âme réside au séjour des dieux : sage, il est réuni à des sages."

Petosiris devait-il ce nom de sage à ses connaissances philosophiques, religieuses, scientifiques ? Nous l'ignorons : aucun de nos textes ne fait la moindre allusion à la "science" de Petosiris. L'ingénieuse hypothèse de Spiegelberg, tentant d'établir un rapprochement entre le grand prêtre de Thot, dont nous avons retouvé le tombeau, et l'énigmatique astrologue Petosiris, est, pour le moment du moins, sans vérification possible.

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